En chantier - Raconter ses mauvaises expériences collaboratives ? Safe ou pas safe ?

La semaine dernière, un grand ami à moi m’interpelle : “Dis, L* va être amenée à travailler avec K. Tu crois que ça craint pour elle ? Je me sens inquiet. T’en penses quoi ?” Iroshima dans mon ventre. Dans ma tête : “Ohlala je n’aurais pas imaginé que partager les mésaventures de ma collaboration avec K** puisse créer autant d’inquiétude chez mon pote. C’est chaud ! L’histoire qu’il se raconte à partir de ce que j’ai dit est bien trop vaste par rapport à la réalité.*” Je m’empresse de le rassurer et lui dire que c’est OK, sa pote “ne risque rien”. J’entame alors les prémices de la réflexion qui m’amène à cet article.

Introduction - Un profond désaccord des fois ça passe, des fois ça casse.

Parfois être en profond désaccord n’est pas un problème. J’arrive à faire preuve de compréhension et d’empathie. J’arrive à aller sur la colline de l’autre (ou me mettre dans ses baskets) et rien n’est particulièrement activé chez moi. Je me dis “c’est comme ça. Je suis pas Ok avec ça mais c’est comme ça. Au pire tu prends tes clics et tes clacs et tu vas voir ailleurs ce qui se passe”.

D’autres fois ça casse. Le constat d’un désalignement active des choses très fortes à l’intérieur de moi. Je me sens “chargée”, en colère ou ahurie. Dans ce cas là j’ai besoin de “décharger” ce que je vis. Il faut que j’en parle à quelqu’un. Il faut que ça sorte. Impossible de me contenter d’aller voir ailleurs ce qui se passe. J’ai besoin d’être entendue et comprise.

La décharge - une stratégie bénéfique à court terme…

Pour me décharger, je vais avoir tendance à aller chercher un·e ou des “allié·e·s”, un·e ou des personnes, qui vont avoir tendance à “être d’accord avec moi” et à qui je vais pouvoir raconter mon histoire sans craindre d’être “contrariée” dans ma vision des choses.

Cette stratégie m’est vraiment bénéfique à court terme. Décharger me fait du bien. Je reçois l’empathie et l’écoute dont j’ai besoin. Sur le moment, je me sens soulagée.

La seconde chose que ça apporte c’est que ça permet de “faire circuler” des infos et de se prévenir les un·e·s les autres. Toute expérience est bonne à prendre. Quoique…

##… mais tragique à long terme ?

En revanche, elle peut-être tragique à long terme. Je m’explique. Pour avoir la sensation de réellement me “décharger” je ne peux pas (pour l’instant) mettre les formes. Il faut que ça sorte avec les émotions et les jugements qui vont avec. Impossible pour moi de préserver celles et ceux dont je suis en train de parler.

C’est là où j’y voit un caractère tragique. En fait cette stratégie peut avoir plusieurs impacts très négatifs à long terme :

1 - Je piétine la neutralité de mon interlocut·eur·rice D’abord, je raconte ma vérité, qui n’est en aucun cas celle de ceux·celles dont je suis en train de parler. Je partage des infos potentiellement “vraiment pas cool” à la personne qui m’écoute sur une autre personne/entité qu’elle sera potentiellement amenée à rencontrer (on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait, hein ?). C’est tragique parce que maintenant que mon interlocut·eur·rice à ses informations il lui est impossible de ne pas en tenir compte. Sa vision est dorénavent biaisée.

2 - Je piétine potentiellement son consentement En acceptant de m’écouter, savait-il·elle ce que ça impliquait réellement ? Etait-il·elle préparée à accueillir ma “décharge” pleine d’émotion et de jugements ? Aussi, avait-il·elle toutes les infos lui permettant de donner un véritable oui ? Impossible à vérifier.

3 - Je démontre à mes proches que je suis capable de calomnie En ce sens, je prends le risque de perdre la confiance de la personne à qui je me confie. Du moins c’est ce qui se passe un peu quand je me propose d’acceuillir “la décharge” d’un·e ami·e. Il y a toujours une petite part de moi qui se dit “Aïe, si un jour on se fâche, il se peut qu’il·elle parle de moi comme ça.”. Et je trouve clairement que ça ne participe pas à créer un cadre d’interaction safe.

Faire autrement ?

Telle est la question à laquelle je n’ai pas de réponses. 2 besoins se confrontent : le besoin d’expression et de “décharge” et celui de “prendre soin à long terme des interactions et des relations”. J’ai cependant identifié quelques astuces qui me permettent de limiter les dégats à long terme :